mardi 16 février 2021

LE VIGNOBLE LIBOURNAIS


Episode 4: Du Lys au Genêt




La Chapelle de Condat à Libourne


La reine Aliénor


🌿 Il ne fallut que peu de temps aux ducs d’Aquitaine pour reprendre le flambeau des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et promouvoir la vigne sur le sol libournais, déclenchant un véritable raz-de-marée du négoce viti-vinicole au Moyen Age.
Cet intérêt suscité par l’arrière-grand-père d’Aliénor d’Aquitaine, le très pieux duc Guillaume VIII, fut en grande partie lié à la Sainte Epine de Charlemagne mais aussi à la situation exceptionnelle de la ville de Condatis, véritable carrefour de routes et de marchandises au cœur d’un arrière-pays florissant. C’est à cette période que la zone agricole péri-urbaine s’élargit en une vaste couronne englobant les communes de Lalande, Néac, Pomerol et Saint-Emilion.

🌿 Dans une presqu’île au sud de Condatis (premier nom de Libourne), aujourd’hui appelée presqu’île de Condat, Guillaume VIII aurait fait édifier un manoir, probablement destiné à la chasse, dans lequel il séjournait régulièrement. Le choix de la presqu’île n’était pas anodin, le lieu était sacré : ancienne forêt des druides, dotée de nombreuses sources, dont celle de la grande déesse Divona, puis sanctuaire chrétien dédié à la Vierge Marie dès le premier siècle après Jésus-Christ, la presqu’île possédait un caractère mystique et une situation géographique stratégique qui n’échappa pas au duc, fondateur des églises Sainte-Croix, Saint-Seurin et Saint-André de Bordeaux. En effet, en construisant un manoir à l’entrée du grand méandre de la Dordogne, on pouvait contrôler les entrées et les sorties des marchandises par voie fluviale, en amont de la future bastide de Libourne. Le lieu était arboré et giboyeux, propice à la détente et au repos, loin de la grande ville de Bordeaux et du sombre palais de l’Ombrière.
Après son mariage avec le roi de France Louis VII, la duchesse Aliénor fut sacrée reine des Francs à Bourges, englobant dans son royal giron le duché d’Aquitaine. Cet événement eut un grand retentissement sur le manoir de Condat qui passa du rang de domaine de chasse des ducs d’Aquitaine à celui de résidence royale de France. La Cour y venait régulièrement, pour la plus grande joie des habitants de Condatis.








🌿 Après l’échec et l’annulation de son premier mariage, Aliénor épousa en secondes noces le futur roi d’Angleterre Henri Plantagenêt. Deux ans plus tard ils étaient couronnés souverains d’Angleterre. Au-delà du passage de l’Aquitaine dans l’empire Plantagenêt, réduisant la France à sa moitié orientale, l’événement fut une fois de plus crucial pour les habitants de Condatis qui firent allégeance à leur chère duchesse devenue reine pour la deuxième fois. France ou Angleterre, peu leur importait. Les Libournais étaient des marins et des commerçants dans l’âme. Cette ouverture sur la mer promettait un bel avenir au commerce et aux échanges internationaux. Selon la tradition, le manoir de Condat devint résidence royale d’Angleterre, lieu de villégiature d’Aliénor, de Henri II et de leur célèbre progéniture : Richard Cœur de Lion et Jean Sans Terre (entre autres), tous deux princes d’Aquitaine et rois d’Angleterre.
Très pieuse, la reine Aliénor fit agrandir la chapelle castrale qui devint l’un des plus grands sanctuaires mariaux (dédiés à la Vierge Marie) d’Aquitaine : la chapelle de Condat. Les pèlerins s’y pressaient par centaines, désireux, à leur tour, de découvrir l’Epine rapportée par Charlemagne. Leur présence nécessitait des soins constants et un approvisionnement en vin conséquent afin de pourvoir à leurs besoins.


Le vin clar

🌿 L’arrivée des souverains anglais sur le sol libournais stimula la production viti-vinicole autour du port de Condatis. Fidèles sujets des suzerains, les Libournais monnayaient leur loyauté contre des privilèges fiscaux et commerciaux établissant un monopole, à l’instar de Bordeaux, sur la production et l’expédition des vins vers la Grande-Bretagne. Grands amateurs de claret, ils participèrent à sa commercialisation dans toute l’Europe du Nord. Le claret ou vin clar en gascon était élaboré à partir de raisins indifféremment noirs ou blancs foulés sans éraflage préalable. Après une courte fermentation, six jours tout au plus, il prenait une couleur légère, caractéristique de ce vin si prisé. Vieillissant mal, il devait être bu jeune, imposant aux négociants un rythme de transport cadencé. D’où l’intérêt pour le port de la future bastide de Libourne d’être le premier à pouvoir vendre son vin en acquérant un Privilège des vins qu’Aliénor d’aquitaine lui concéda en 1189. Ainsi toutes les paroisses productrices de l’arrière-pays libournais, dont Lalande et Néac, se tournèrent-elles vers le port du confluent pour exporter leur vin. Seul Saint-Emilion avait un débouché propre : le petit port de Pierrefitte en amont sur la Dordogne. Mais le Privilège des vins de Libourne le maintint en position secondaire.

🌿 Le grand commerce du claret gascon vers les îles britanniques et l’Europe du Nord fut l’un des plus importants de l’Occident médiéval. La fonction vivrière du vin et sa consommation quotidienne firent place à un commerce d’envergure internationale apportant de nouveaux revenus au marché local. Les citadins pouvaient s’enrichir en vendant directement le vin au détail à leur porte. Il était à la fois monnaie d’échange et objet de commerce.
Les archives anglaises liées au commerce du claret fournissent d’importants renseignements sur le nombre de commanditaires et d’armateurs au départ des ports de Bordeaux et de Libourne. De véritables flottes commerciales, composées de plusieurs dizaines de nefs, faisaient régulièrement le trajet entre l’Aquitaine et l’Angleterre. Ce commerce, qui générait d’énormes revenus, constituait un profit conséquent pour la commune. Les bateaux chargés de lest, principalement des pierres et galets des côtes bretonnes, déchargeaient leur cargaison en amont du confluent, sur les rives de l’Isle, avant de repartir les cales pleines de vin. Le roi Jean Sans Terre, qui aimait particulièrement sa résidence de Condatis, participa activement à ce grand mouvement commercial en concédant à la ville de nombreux privilèges qui s’ajoutèrent à ceux de la reine Aliénor.








Camille
👉 Pour en savoir plus :
"Lalande de Pomerol, histoire d'une appellation"
Texte de Camille Desveaux et photos de Quentin Salinier, aux Editions Sud-Ouest, dans toutes les librairies!
LE VIGNOBLE LIBOURNAIS




Episode 3: Les Hospitaliers ou le vignoble sacré






🌿 C’est à Lalande de Pomerol que fut érigée, au XIIe siècle, l’une des plus grandes commanderies hospitalières de la région.
 Dès leur implantation dans la région, les Hospitaliers développèrent le vignoble autour de leur commanderie comme cela se faisait déjà autour des monastères ou des abbayes. Les pèlerins, en route pour Saint-Jacques de Compostelle ou Jérusalem, s’y arrêtaient nombreux.

🍇 Initié depuis l’Antiquité, le voyage en Terre sainte constituait l’un des pèlerinages les plus prisés au Moyen Âge mais aussi l’un des plus dangereux. C’est dans le but de secourir les pèlerins que fut créé l’ordre des frères Hospitaliers qui devint rapidement un ordre à la fois religieux et militaire, à l'instar des Templiers, placé sous le patronage de Jean le Baptiste.

🌿 A Lalande de Pomerol, comme dans toutes les commanderies hospitalières de la région (Pomerol, Arveyres, Cadarsac, Bordeaux, Sallebruneau...), les pèlerins étaient accueillis puis soignés. Le vin constituait la base de nombreux remèdes.

🍇 Véritable « principe de vie » au Moyen Âge, ses vertus étaient vantées depuis l’Antiquité. Hippocrate, le « père de la médecine », ne décrétait-il pas au Ve siècle avant notre ère que le vin était bon pour l’homme à condition qu’il soit administré d’une manière appropriée et en juste mesure ?
Au temps des Hospitaliers, le vin servait à laver et soigner les blessures, faisant office de désinfectant. Il rentrait dans la composition de divers breuvages thérapeutiques, l’eau étant impropre à la consommation. Dans la cuisine aussi, il tenait une place prépondérante : de la confection des bouillons à celle des sauces, en passant par sa consommation pure ou coupée.

🌿 Le vin, symbole de vie
L’origine du vin se fond dans l’histoire de l’humanité et la croyance des hommes.
En Mésopotamie comme en Egypte, la vigne représentait l’arbre de vie, allégorie de la fertilité, la Terre-mère nourricière. Les anciens Egyptiens la dédiait à Osiris, divinité personnifiant le grand mystère de la renaissance, la vie après la mort (en rapport avec les crues annuelles du Nil qui assuraient la fertilité de la terre et la croissance des récoltes). En Grèce, elle figurait l’arbre de Dyonisos (le Bacchus romain), dieu de la fertilité et de la vie de la nature.
 Mentionnée près de 300 fois dans l’Ancien Testament, fondement des trois religions monothéistes, la première vigne fut plantée par Noé à la demande de Dieu, le Vigneron. Mais c’est indéniablement le christianisme qui conféra au vin le statut le plus hautement symbolique en le consacrant dans le rituel de l’Eucharistie.
Dès lors, les moines eurent la possibilité de produire du vin, moyen d’union à Dieu et de sanctification. Et la vigne devenait pour tous les hommes symbole de renaissance : par le travail, la taille, le rognage, le soin et le vieillissement nécessaire à l’élaboration d’un grand vin, elle représentait la transformation et l’éducation de l’homme nouveau. Celui que désirait devenir chaque pèlerin en quête de sens.









Camille



La semaine prochaine:
Episode 4 : Du Lys au Genêt, la reine Aliénor


👉 Pour en savoir plus : 📖
"Lalande de Pomerol, histoire d'une appellation" Texte de Camille Desveaux et photos de Quentin Salinier, aux Editions Sud-Ouest, dans toutes les librairies!

LE VIGNOBLE LIBOURNAIS




Episode 2 :

Le Moyen Age ou le premier âge d’or de la vigne










🌿 La période trouble des grandes invasions qui provoqua et suivit la chute de l’empire romain en 476, mit un terme au développement du vignoble gallo-romain de la région de Libourne et à la prospérité commerciale du port de Condatis (premier nom de Libourne voulant dire confluent). Avec l’arrivée des Francs Saliens conduits par Clovis, l’Aquitaine entra de plain-pied dans l’histoire de France.

🌿 Deux siècles et demi plus tard, un homme, profitant de l’affaiblissement de l’Empire mérovingien et de l’anarchie dans laquelle les premiers princes d’Aquitaine l’avait plongée, décida de la reprendre en main : Charlemagne.

🌿 En 769, le futur empereur d'Occident fit construire au dessus du tertre de Fronsac une véritable forteresse surnommée « la clef de défense de tout le pays bordelais »!
Durant le temps des travaux, il s’installa à Condatis avec sa soldatesque où il fit sans doute ériger le premier hôpital de Libourne : l’hôpital des Lépreux.

🌿 La légende veut qu’il investisse le quartier longtemps dénommé Magne (quartier des Fontaines actuel), situé sur la route reliant Condatis à Corterate (Coutras) avec ses soldats.

🌿 L’on dit que c’est non loin de là qu’il rédigea pour les vins de Bordeaux un article de ses Capitulaires préconisant l’égrappage, c'est-à-dire le détachement du grain de la grappe avant de le presser.

🌿 Il ordonna, par ailleurs, la fabrication des premières barriques cerclées, afin de privilégier le transport et le vieillissement du vin.










Camille

la semaine prochaine:
Episode 3 : Du Lys au Genêt, la reine Aliénor

mardi 5 janvier 2021



LE VIGNOBLE LIBOURNAIS









Episode 1 : l'Antiquité

Pourrait-on attribuer la naissance du vignoble libournais au poète et magistrat romain, Ausone? Pourquoi pas !


Ausone par Bertrand Piéchaud (Bordeaux)

🌿 En effet, ce professeur de rhétorique, précepteur du fils de l’Empereur, possédait une luxueuse villa dans la région de Condatis (premier nom de Libourne voulant dire confluent), loin de la ville bruyante et tumultueuse de Burdigala. Si les thèses concernant sa situation divergent, nombre d’historiens la placeraient sur la commune de Montagne au lieu-dit Saint André. De somptueux vestiges y furent découverts en 1843 : fragments de colonnes, de carreaux ou de chapiteaux en marbre blanc d’Italie, des poteries fines, des sculptures, des bijoux et deux magnifiques statues dont l’une se trouve aujourd’hui au Musée d’Aquitaine : la Diane chasseresse ou Diane de Libourne. Cette sculpture de marbre, unique, d’une hauteur de 70 cm évoque à elle seule la richesse et la magnificence de la villa de Lucaniacum. L’élève et ami d’Ausone, Paulinus, qui deviendra plus tard le célèbre Saint Paulin de Nole, appelait la villa de Lucaniacum, le « Splendide Palais ».



La Diane de Libourne




🌿 C’est grâce à leurs échanges épistolaires que le nom de Condatis, la ville du confluent, fut mentionné pour la première fois par écrit il y a près de1700 ans, source unique dans les archives de la ville !


🌿 Paulinus possédait deux des plus belles villae de toute l’Aquitaine dont celle d’Handromagus près de Langon qu’Ausone nommait le « Royaume de Paulinus ». Ausone, quant à lui, possédait au moins huit villae dont celle de Lucaniacum (au nom évocateur de son épouse, Sabina Luciana).

Reconstitution d'une Villa Gallo-romaine 
🌿 Elles étaient le chef-lieu des terres avoisinantes consacrées aux cultures ou aux vignes. Parfois entourées de remparts, les villae possédaient des greniers et des écuries, des fours et des ateliers, mais aussi des tonnelleries, des forges et des tuileries qui formaient autour de la maison du maître de véritables villages. Les villae employaient de nombreux travailleurs (jusqu’à quatre cents), esclaves pour la plupart mais aussi fermiers ou métayers. La villa d’Ausone de Lucianacum, était composée de terres labourables (50 ha), de vignes sur les coteaux (25 ha) de prés dans les palus (13ha) et de bois dans les zones sablonneuses (176 ha). Toutes ces informations sont le fruit des échanges entre Ausone et Paulinus.

🌿 Voici ce qu’écrivait le célèbre poète : « Toute cette région est si merveilleusement entrelacée de vignes, fleurie de prés, émaillée de cultures, garnie de fruits, charmée par ses bois, rafraîchie par ses fontaines, sillonnée de fleuves ou hérissée de moissons, que les maîtres ou les détenteurs de ce sol semblent posséder moins une portion de la terre qu’une image du paradis ».



Le Port de Libourne


🌿 Ausone aimait particulièrement le vin, dont il faisait la louange dans ses poèmes. Nombreuses étaient les amphores arrivant par bateau d’Italie pour offrir aux romains d’Aquitaine le souvenir de leur doux pays… A cette époque le vin était encore peu produit sur le sol libournais mais avec l’arrivée de l’aristocratie bordelaise dont Ausone et Paulinus faisaient partie, Le port de Condatis devint un véritable lieu de halte et d’échanges, alimenté par le commerce vinaire provenant d’Italie ou partant d’Aquitaine. Les grandes villae développèrent leur vignoble qui s’étira peu à peu sur les pentes graveleuses des plateaux calcaires environnants.


🌿 Ce sont les Celtes Bituriges qui introduisirent les premiers cépages dans la région, au tout début du premier siècle, qu’ils nommèrent Biturica en leur honneur. Ce fut une réussite et le début d’une grande vocation vitivinicole dont les romains surent tirer profit.


Le vignoble saint-émilionnais


🌿 En effet, c’est grâce à leur passion pour le précieux nectar, leur connaissance poussée du produit, leurs techniques de cultures, leur savoir-faire en matière de vinification et de conservation du vin et leur sens du commerce, qu’ils jetèrent les bases du vignoble contemporain libournais et sa notoriété mondiale !



Camille 🍷



Crédit photos : © Camille Desveaux (sauf Diane de Libourne http://www.musee-aquitaine-bordeaux.fr et Villa gallo-romaine, wikipédia).

lundi 23 novembre 2020

 


LE  LIBOURNAIS  :

un Vignoble et des Hommes...







Depuis près de 2000 ans le Libournais s'est paré d'un vignoble d'exception dont la réputation s'étend dans le monde entier !


 Je vous propose de revenir au fil des semaines sur cette histoire hors du commun !


Oppalement vôtre,

Camille



Le vignoble de Saint-Emilion


mercredi 10 juin 2020

La Chapelle de Condat




La Chapelle de Condat

  




Son Histoire
   


Située à l’entrée d’un grand méandre de la Dordogne, près du port de Libourne, la chapelle de Condat domine fièrement la nature verdoyante de la palus de Condat. Construite au XIème siècle par l’arrière grand-père d’Aliénor d’Aquitaine, elle était autrefois la chapelle castrale de la seigneurie de Condat et Barbanne.




Au XIème siècle, lors de la construction du château de Condat (qui au départ n’était qu’un domaine de chasse des ducs d’Aquitaine), la chapelle fut érigée sur le lieu même où les druides se rassemblaient mille ans plus tôt près de la source sacrée de Condat. Toute petite, elle se trouvait à l’extérieur du château près des écuries et autres dépendances.


Au temps d’Aliénor, un événement inattendu fit basculer son destin : miraculeusement guéri d’un mal incurable à Rocamadour, le roi Henri II Plantagenêt fit ramener à Condat, une relique de Saint Amadour dans la chapelle qui devint alors une halte incontournable sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle. Le culte des reliques débutait, or Libourne possédait depuis trois siècles une Sainte Relique c’est à dire une relique attribuée à Jésus : une des épines de sa célèbre couronne, offerte par Charlemagne aux habitants de Condatis lorsqu’il habita sa forteresse de Fronsac, tout en haut du tertre…



Bref, pour permettre à tout un chacun d’entrer dans ce lieu saint et vénérer les reliques,  la chapelle fut agrandie aux dimensions actuelles. Dédiée à la Vierge Marie, elle devint, dès le XIIème siècle, un sanctuaire de grande renommée, l’un des plus grands d’Aquitaine, où les marins venaient en procession demander la grâce d’un bon voyage à Notre Dame de Condat. N’oubliez pas que Libourne était un port de mer et que les trois mâts arrivaient jusqu’aux portes de la ville se mélangeant aux nombreuses embarcations des rivières de l’Isle et de la Dordogne.

C’est grâce à Notre Dame de Condat que la chapelle résista à la folie dévastatrice de l’armée française au lendemain de la bataille de Castillon. Mieux, elle fut entièrement restaurée, à la demande du roi de France Louis XI, venu en personne à Libourne en 1462. Il décida d’en faire une copie de la chapelle basse de la Sainte Chapelle à Paris et la dota d’une somptueuse voûte telle que nous pouvons la contempler aujourd’hui.

Trois siècles plus tard, la Révolution Française sonna le glas du célèbre sanctuaire. Désacralisée et transformée en grenier elle fut vendue pour une bouchée de pain.
La légende veut que durant ce temps là, la statue vénérée de la Vierge de Condat, disparaisse…
C’est lorsqu’on la retrouva, enfouie dans la terre d’un vignoble de Saint-Emilion, que les Libournais virent là un signe du ciel et décidèrent de reconstruire « sa maison ». Une restauration sans précédent lui donna l’allure et les couleurs que nous pouvons encore contempler aujourd'hui.





Dès lors, Notre Dame de Condat retrouva son lustre d’antan et ses couleurs royales, qui même en l’absence du château des rois d’Angleterre, lui confèrent cette majesté et cette grâce uniques.

Pour beaucoup de libournais qui y ont fait leur première communion ou s’y sont mariés, la chapelle de Condat est un véritable joyau serti dans la mémoire de leur cœur, mais pour moi, qui tente depuis trente ans d’en percer les secrets, elle représente l’âme de Libourne, le lieu où tout a commencé…




Son Architecture

L’architecture de la Chapelle Royale de Condat est entièrement liée à son histoire. A sa construction, il y a environ mille ans, elle était si petite que seuls, les propriétaires du château de Condat pouvaient s’y rendre afin de célébrer l’office divin. C’était une chapelle privée dont la structure externe en moellons révèle sa forme primitive autour du chœur actuel.

Au temps d’Aliénor, avec le développement des chemins de pèlerinage (Jérusalem, Rome, Saint-Jacques de Compostelle), l’église est agrandie pour pouvoir accueillir tous les fidèles en marche vers les lieux saints. A l’extérieur, les pierres de taille qui ont servi à élargir l’édifice sont bien visibles et contrastent avec la partie en moellons du chœur  primitif.

Quand l’Aquitaine redevint française en 1453, le château de Condat fut entièrement détruit, mais le roi de France Louis XI, fasciné par la chapelle de Condat et son caractère sacré, ordonna immédiatement sa restauration. Toute l’architecture gothique flamboyante que nous pouvons admirer aujourd’hui provient de cette époque : un chef d’œuvre d’ingénierie doté d’une voûte exceptionnelle qui ravit toujours par la beauté de ses lignes. Seules les peintures étaient différentes : les quelques fragments visibles au dessus de la toiture révèlent une peinture à la chaux blanche constellée de fleurs de lys couleur ocre rouge. Le roi de France voulait y afficher sa royauté.


Ses Couleurs            


Les peintures de la Chapelle de Condat, à Libourne, sont le signe le plus visible de sa magnificence. Elles viennent sublimer son architecture gothique.

Souvenez-vous : après la restauration de la fin du XVème siècle, sur ordre du roi de France Louis XI à la demande des libournais, la chapelle se parait d’une architecture flamboyante rivalisant de beauté avec les plus belles chapelles royales de France. Pendant près de trois siècles, Notre Dame de Condat fut considéré comme l’un des plus grands sanctuaires mariaux d’Aquitaine. La Révolution Française mit un terme brutal à son essor spirituel et elle fut transformée en grenier. Son état de délabrement était si grand que les libournais décidèrent, face à l’ampleur des travaux de restauration, de construire ne nouvelle chapelle à l’angle de l’avenue Louis Didier et de l’avenue de Condat (en lieu et place du Secours Populaire) au lieu de la restaurer.


Mais c’était sans compter la Vierge miraculeuse de Condat… La légende veut que la statue vénérée de la Vierge de Condat (en bois noir polychromé), qui avait disparu depuis des années, fut retrouvée dans un champ de viticulteurs saint-émilionnais. La reconnaissant, ils décidèrent de la ramener au nouveau sanctuaire de l’avenue Louis Didier. Mais le lendemain matin, qu’elle ne fut leur surprise de la retrouver exactement au même endroit dans leur champ.

Cette étrangeté dura trois jours. C’est le temps, nécessaire qu’il fallut aux libournais pour comprendre que la nouvelle chapelle ne plaisait pas à Notre Dame de Condat qui voulait revenir chez elle…
Pour ceux qui s’intéressent aux Vierges noires et à leur légende, Notre Dame de Condat en est une digne héritière. Ne vous y trompez pas, ses couleurs proviennent des pigments utilisés pour peindre la sculpture primitive du XVIème siècle qui était en bois de chêne foncé…

C’est alors qu’un vaste programme de rénovation vit le jour et que la chapelle fut entièrement illuminée des couleurs de la Sainte Chapelle à Paris où travaillait le célèbre architecte Viollet Le Duc.
Ce sont ses élèves et collègues, les architectes Paul Abadie et Léo Courau qui magnifièrent l’architecture de la chapelle de Condat grâce à des peintures bleues et ocres surhaussées d’or et filigranées.  Chaque sculpture, chaque feston, chaque ornement reçut un soin particulier et retrouva son éclat d’antan. Le sol se para des bois les plus  précieux.

 


La voûte s’illumina d’étoiles d’or, symbole de la Vierge Marie, peintes à la main avec une extrême minutie. Les murs s’auréolèrent de peinture ocre symbolisant la puissance du Christ et se ponctuèrent de fleurs de lys rappelant le pouvoir temporel du lieu. En valorisant la double royauté céleste et temporelle, Viollet-Le-Duc, ici comme à Paris, symbolisait la rencontre du ciel et de la terre, la jonction des cœur et des âmes devant celle qui les protégeait depuis des siècles : la Vierge Couronnée de Condat.

Pour honorer l’Hôtesse divine, les vitraux furent commandés à l’atelier Lusson à Paris, pour célébrer les grands moments de l’histoire de la Vierge. Antoine Lusson avait acquis sa renommée en remportant le concours de restauration des vitraux de la Sainte Chapelle en 1849.




Ses Miracles


La légende de la Vierge Noire

La Vierge vénérée de Condat est une vierge en bois de chêne du XVIème siècle, polychromée à la fin du XIXème siècle. Comme toutes les vierges noires, elle possède une aura particulière qui dépasse souvent le cadre religieux pour rejoindre celui du profane. En ce sens, elle est universelle car elle touche toutes les âmes, même les moins pieuses. Les vierges noires sont les survivances de la Terra Mata des hommes du Quaternaire et de la Divona des Celtes. Elles représentent encore aujourd’hui dans le cœur de nombreuses personnes, la matrice nourricière, la protectrice de la terre et des hommes, la Bonne Mère, en qui tout le monde peut se confier, croyants ou non croyants.

Si Notre Dame de Condat est la patronne des libournais, elle est depuis des temps immémoriaux celle des marins qui ne manquaient jamais de venir la prier avant de prendre la mer (ainsi appelait-on les deux rivières de la Garonne et de la Dordogne). De nombreux ex-votos (offrandes de remerciements) en forme de bateaux étaient accrochés dans la nef centrale avant d’être enchâssés dans les murs lors de la restauration du XIXème siècle. A Condat, comme à Lourdes, les ex-votos étaient si nombreux qu’il fallut les remplacer par des plaques de marbres puis par des inscriptions murales afin de pouvoir pénétrer dans le lieu. Je pourrais vous raconter nombre de ces miracles de guérison dont les anciens livres regorgent mais ce serait bien trop long ici…





Si la chapelle de Condat a retrouvé son éclat originel depuis la dernière grande restauration de 2015, elle ne conserve plus l’effervescence spirituelle de sa jeunesse. Il faut dire qu’au fils du temps, la superstition remplaçant la foi, l’espérance d’une guérison ou d’une transformation personnelle s’est muée en des désirs moins orthodoxes de possession de biens ou d’argent…
Or sans la foi, pas de miracles, pas de guérisons ni même de conversions, la source à elle-seule n’offre qu’une eau pure et limpide. Mais si la grâce divine touche un cœur désireux de guérir, alors oui, l’eau se transformera en force de vie…

                                                                                                Camille






Texte et photographies :

© Camille Desveaux

Vous pouvez désormais retrouver tous mes ouvrages et illustrations originales,
en vente sur le site :

Camilledesveaux.com


Je me ferai un plaisir de vous les dédicacer !


                                                                               









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